Vous envisagez d'abandonner votre poste ? Lisez ça avant. Depuis avril 2023, l'abandon de poste est officiellement assimilé à une démission, ce qui vous prive du chômage. Voici ce qui a vraiment changé, la nouvelle procédure, et vos alternatives.
Qu'est-ce que l'abandon de poste exactement ?
Légalement, c'est le fait pour un salarié de quitter son poste sans autorisation et sans justification, ou de ne pas se présenter au travail de manière prolongée et injustifiée. Concrètement :
- ·Vous ne te présentes plus au travail.
- ·Vous ne donnes aucune justification (ni arrêt maladie, ni congé, ni demande).
- ·Vous ne répondez pas aux sollicitations de l'employeur.
La procédure depuis 2023 : la présomption de démission
Article L1237-1-1 du Code du travail (loi du 21 décembre 2022, décret du 17 avril 2023). 4 étapes :
- 1L'employeur constate votre absence injustifiée.
- 2Il vous envoie une mise en demeure par lettre recommandée AR (ou remise contre décharge) te demandant de justifier votre absence ou de reprendre le travail.
- 3Vous avez 15 jours minimum pour répondre (le délai exact est fixé dans la mise en demeure, mais ne peut pas être inférieur à 15 jours).
- 4Si vous ne répondez pas ou si vous ne reprenez pas le travail : vous êtes présumé démissionnaire à l'expiration du délai. Le contrat se termine à cette date.
Conséquences concrètes : pas de chômage
Avec la présomption de démission :
- ·Pas d'allocation chômage (ARE) sauf cas de démission légitime (voir notre guide).
- ·Pas d'indemnité de licenciement (puisqu'il n'y a pas de licenciement).
- ·Pas de préavis payé (vous n'effectuez pas le préavis = vous n'êtes pas payé pour cette période).
- ·Vous pouvez quand même réclamer : votre dernier salaire, votre solde de tout compte, votre indemnité compensatrice de congés payés.
Pourquoi cette réforme ?
Avant 2023, l'abandon de poste était devenu une stratégie courante pour quitter un job tout en touchant le chômage. Le gouvernement voulait éviter ce détournement et faire respecter le contrat de travail.
Depuis la réforme, les abandons de poste ont fortement diminué (-40% selon une étude DARES 2024). Le revers : certaines situations légitimes (harcèlement, danger) sont moins protégées, sauf si le salarié engage une procédure formelle.
Cas où l'abandon de poste reste justifié
L'employeur ne peut PAS invoquer la présomption de démission si votre absence est justifiée par :
- ·Raison médicale (avec arrêt maladie envoyé dans les 48h).
- ·Exercice du droit de retrait en cas de danger grave et imminent.
- ·Exercice du droit de grève.
- ·Refus d'effectuer une instruction illégale.
- ·Modification unilatérale du contrat par l'employeur que vous refuses.
- ·Cas de force majeure (catastrophe, urgence familiale grave).
Tes alternatives à l'abandon de poste
Alternative 1 — La rupture conventionnelle (la meilleure)
Vous négocies avec votre employeur un départ amiable. Avantages : indemnité, droit au chômage, départ propre. Voir notre guide rupture conventionnelle.
Alternative 2 — La démission avec projet de reconversion
Si vous voulez te reconvertir, fais valider votre projet auprès de Transitions Pro AVANT de démissionner. Vous touchez l'ARE pour financer votre reconversion.
Alternative 3 — La prise d'acte (si l'employeur fautif)
Si vous avez des griefs sérieux contre votre employeur (harcèlement, non-paiement de salaire, dégradation des conditions de travail), vous pouvez saisir le Conseil de Prud'hommes en "prise d'acte". Si la justice vous donne raison, ça vaut licenciement (donc chômage + indemnités).
Alternative 4 — Démission classique
Sans chômage, mais départ propre, droit à l'attestation employeur. Mieux que l'abandon de poste si vous avez déjà un nouveau job.
Si on vous envoie une mise en demeure : que faire ?
Vous recevez la lettre recommandée AR de votre employeur ? Plusieurs options :
- 1Si l'absence est justifiée : envoie immédiatement les justificatifs (arrêt maladie, motif d'urgence, etc.) en LRAR.
- 2Si vous voulez reprendre : reprends le travail dans le délai donné. La procédure s'arrête.
- 3Si vous voulez partir : ne réponds pas au délai → présomption de démission, mais sans chômage. Préfère la rupture conventionnelle.
- 4Si vous contestes la procédure (mise en demeure non valable, motifs invalides) : saisis le Conseil de Prud'hommes.
Recours devant les Prud'hommes
Si vous êtes présumé démissionnaire mais que vous estimez que c'était abusif, vous pouvez saisir le Conseil de Prud'hommes (formation de référé pour aller vite). Délai : 12 mois après la rupture.
Vous dois prouver :
- ·Soit que votre absence était justifiée et que vous l'avais signalée.
- ·Soit que la mise en demeure était irrégulière (mauvais délai, mauvais motif).
- ·Soit que l'employeur t'a poussé à abandonner par ses fautes (harcèlement, modification contrat).
Si la justice vous donne raison, la rupture est requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse → indemnités + chômage.
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